L'habitat rural en Languedoc

Que ce soit dans les mas, les hameaux ou villages, l’organisation des locaux est la même :

℘ Le rez de chaussée est dévolu aux animaux (bergerie, étable, écurie, porcherie, …), ainsi qu’à l’usage de cave, cellier et laiterie.
℘ L’habitation est située au 1er (parfois au 1er et 2ème). La salle commune est le coeur de la maison. L’espace pour dormir est souvent séparé mais unique (sauf dans les grandes exploitations qui comptent plusieurs chambres, réparties sur un ou deux niveaux).
℘ Grange et grenier se trouvent au niveau supérieur.

Caractéristiques principales de l’architecture rurale :

℘ Constructions en pierres, ceci s’explique par l’abondance de ce type de matériau et la relative rareté du bois d’oeuvre, qui était réservé à la charpente et aux planchers.

℘ Toitures à 2 pentes et usage de la tuile canal pour la couverture de la très grande majorité des toits. Ne font exception que les maisons des « hauts cantons », couvertes de pierres (lauzes) et les châteaux et grandes demeures des domaines (tuiles plates ou ardoises).

℘ Escalier d’accès à l’habitation accolé au bâtiment et se terminant par une petite terrasse couverte construite sur l’extrados d’une voûte formant l’entrée de la cave-remise.

℘ Utilisation généralisée de génoises doubles ou triples (rangs de tuiles canal sur la face inférieure d’un avant-toit). Par leur composition et leur importance, elles traduisent le rang social et économique du propriétaire de la maison.

Hameaux et villages

Des 3 types de répartition de l’habitat rural : lieu-dit, hameau, village, c’est ce dernier qui prédomine largement dans la région.

Leur site d’implantation est très variable : espaces plats, faibles mouvements de relief, plutôt que « villages perchés ». Même la présence de points d’eau ne semble pas déterminante.

Leur caractéristique principale est leur forme circulaire, empruntée aux anciens Castra fortifiés de la Méditerranée. On parle de « circulade ». Lorsqu’ils ne s’y conforment pas, c’est que la topographie ne l’a pas permis.

La plupart des villages du Languedoc méditerranéen se sont formés au XIème et XIIème siècle. Très tôt (et au plus tard au XIIIème siècle), ils se sont entourés d’un mur d’enceinte, qu’ils ont conservé très tard (jusqu’au XVIIIème et même XIXème siècle).

C’est donc cette limite matérielle qui a maintenu la structure concentrique originelle qui s’est développée autour de la résidence seigneuriale. Par contre, dans tous les villages installés sur des sites en pente, le château excentré, occupe le point le plus haut et les rues dessinent des formes courbes autour.

A partir de 1750, sous la poussée de la croissance démographique, les villages qui n’ont plus besoin de la protection de l’enceinte médiévale, s’étendent au delà et un nouveau système d’occupation de l’espace se met en place où les maisons, si elles sont toujours contigües, s’édifient sur des parcelles beaucoup plus grandes.

Au cours du XIXème siècle les murs d’enceinte sont détruits et les fossés comblés. Sur leur emplacement, on aménage un large boulevard, souvent planté d’arbres, et les maisons viennent s’aligner le long de ce boulevard qui ceinture l’ancien village. Parallèlement, grâce à la richesse liée au développement du vignoble, les maisons sont plus importantes (volume et aspect). Les villages s’étendent alors le long des voies d’accès principales, formant des quartiers. La volonté de règlementer ce développement est manifeste : structure orthogonale des nouvelles rues, parcelles régulières et parallèles à la voie.

Ce n’est qu’à partir des années 1960 qu’apparaitra un nouveau modèle d’organisation de l’espace villageois qui n’est pas propre à la région : l’urbanisme pavillonnaire, privilégiant l’isolement des maisons sur de larges parcelles.

 

Habitations

Pour notre village, nous nous sommes inspirés d’habitations existantes dans la région : maisons à 2 niveaux situées aux Matelles, ou à 3 niveaux, à St Guilhem le Désert, Sardan et Vézénobres. Dans ces maisons, adossée au versant méridional de la colline, la distribution est très représentative : le niveau inférieur (rez-de-chaussée côté sud, sous-sol côté nord) est occupé par l’écurie-remise et la cave, le niveau intermédiaire (1er/rez-de-chaussée) par la salle à manger, la cuisine et la terrasse couverte, le niveau supérieur (2ème/1er étage) par les chambres. L’accès au 2ème étage était intérieur et souvent sommaire (échelle ou échelle de meunier).

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Maisons vigneronnes

Une grande homogénéité d’aspect caractérise les maisons vigneronnes du Languedoc méditerranéen et les différences de structure semblent directement liées à la hiérarchie sociale propre à la catégorie des viticulteurs.

Les maisons à celliers séparés

A la fin du XIX° et au tout début du XX°, les petits vignerons indépendants, se sont dotés d’un nouveau bâtiment (rarement contigu à leur habitation) affecté exclusivement aux activités vinicoles. Le 1er niveau de ces celliers abrite toutes les opérations de vinification et de conservation du vin. L’étage est utilisé pour desservir le fouloir installé au-dessus des cuves et des foudres.

Les maisons à développement latéral

Le volume du bâtit indique qu’elles appartenaient à des propriétaires plus importants. Soit le cellier occupe tout le niveau inférieur, (plus large que long par rapport à la rue) avec une porte décentrée, soit le principe de la superposition des fonctions est abandonné, l’habitation occupant tout un côté du bâtiment (du 1er au dernier niveau) et le cellier occupant l’autre côté (plus long que large par rapport à la rue avec un étage de desserte). Les plus grandes de ces maisons peuvent disposer d’un troisième niveau à usage d’habitation.

Les maisons à développement en profondeur

Plus rares, elles ont une façade sur rue assez semblable à celle du type général. Un passage couvert occupe le 1er niveau et donne accès à une cour intérieure sur laquelle s’ouvre le bâtiment à usage viticole.

Les maisons vigneronnes

En France, rares sont les aires d’extension aussi vastes d’un même type de maison. De plus, il s’agit de la première composition architecturale définie autour des besoins spécifiques apparus avec le développement du vignoble. Les premières apparurent vers 1830, période durant laquelle d’une part, les paysans languedociens commencèrent à fonder la plus grande part de leur activité sur la viticulture et d’autre part, les villages se libérèrent du corset de leurs murs d’enceinte.

La composition intérieure de l’édifice reprend globalement celle de la maison « ancienne ». L’étage habité est composé d’une cuisine et d’une salle à manger (ou d’une pièce commune) en façade sur rue, les chambres se trouvant sur l’arrière. C’est en façade que se situe le changement important. La composition d’ensemble est en effet régulière et ordonnancée autour d’un axe défini par la grande porte charretière, toujours couverte par un arc (généralement en anse de panier). Autre trait distinctif : les portes-fenêtres de l’étage habité ouvrant sur des balcons limités à leur largeur ou courant de l’une à l’autre, pourvus de garde-corps en fonte ou en fer forgé. La hauteur du premier niveau varie en fonction de l’époque de construction : le remplacement de la cuve par le foudre et l’utilisation du fouloir mécanique ayant requis des celliers plus hauts sous plafond.

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Les grands domaines viticoles (en dehors des villages)

Ils possèdent un ensemble de bâtiments aux multiples fonctions : logement du régisseur, des ouvriers, cellier, écurie, remises, etc... La demeure du propriétaire peut en faire partie, lorsque celui-ci ne possède pas d'habitation au village. Dans ce cas, l'ancienneté du domaine en détermine l'aspect. Les plus anciennes ont toutes les caractéristiques des mas, alors que les plus récentes peuvent être de simples maisons bourgeoises ou de véritables châteaux, comme les « Folies » montpelliéraines du XVIIIème siècle.

Les grandes maisons vigneronnes

Il n’existe pas de modèles pour cette catégorie de maisons qui dénotent la situation exceptionnelle de leurs propriétaires dans la hiérarchie sociale. Les différents bâtiments, à usage viticole et à usage d’habitation, sont ordonnés autour d’une cour fermée par une haute grille, côté rue.

Mas et pigeonnier

Il est constitué de plusieurs bâtiments, généralement rangés en « L » ou en « U » ; un mur pouvant fermer les autres côtés, pour ménager une cour ouverte ou fermée.
Le bâtiment principal, sur deux (voire 3 niveaux) comporte l’habitation du paysan à l’étage ; le rez-de-chaussée étant réservé à l’écurie, la remise et l’étable. La bergerie est le plus souvent située dans un bâtiment à part. Le versant méridional des collines est choisi 9 fois sur 10, en raison de son exposition favorable, à l’abri du vent du nord. La plupart des ouvertures sont côté cour. Au nord et à l’est, de tailles réduites, elles servent d’aération.
L’accès à l’habitation se fait toujours par un escalier de pierre accolé au bâtiment, aboutissant à une terrasse, couverte la plupart du temps.

Dès le Moyen-âge, une coutume donnait à chaque individu le droit d’édifier un pigeonnier, ce qui explique leur nombre élevé dans notre région. Posséder des pigeons présentait de multiples avantages. Non seulement les oiseaux étaient appréciés pour l’alimentation, mais leur fiente constituait un excellent engrais. A de rares exceptions près, le pigeonnier dans le Languedoc méditerranéen est
carré, avec des murs pleins en pierre. Parfois indépendant (dans les grandes exploitations), il est la plupart du temps intégré aux bâtiments constituant le mas. Il a généralement plusieurs fonctions. L’étage supérieur étant dévolu aux pigeons, le rez-de-chaussée peut, par exemple, servir de cave/remise et l’étage intermédiaire de  grange.

Maison des champs

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Les capitelles

Très nombreuses dans la région, ce sont des abris de pierres sèches édifiés par les bergers.

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Les mazets (ou petit mas)

Construits sur un, parfois deux niveaux, ce sont des « maisons de vignes ». Les lopins de terre appartenant au même exploitant étaient souvent très éloignés les uns des autres… et de sa demeure. Les mazets étaient donc une parade à de longs trajets.

Les bergeries isolées

Bâtiments longs et bas, construits en pierres sèches. Avec la culture du blé, de l’olivier et de la vigne, l’élevage ovin, constituait la base de l’économie rurale, et ce jusqu’à la fin du 18ème/début 19ème, où la monoculture de la vigne s’imposa.