L'eau

Dans notre région, les précipitations ne sont pas rares sur l’année, mais elles sont très irrégulièrement réparties. A la sécheresse estivale succède souvent, à l’automne de fortes pluies brutales et abondantes, provoquant assez fréquemment crues et inondations. De tout temps, l’eau a donc fait l’objet de soins attentifs.

Puits

L’usage des puits ou des norias (chaîne à godets mue par un cheval ou un âne) est répandu en plaine où la nappe phréatique est peu profonde.

Dans les mas, le puits est placé à l’extérieur de la construction, dans la cour, devant l’habitation (à proximité immédiate, souvent le long des murs de façade), à demi encastré ou protégé par une avancée de toiture.

Lorsqu’il est dissocié de toute construction, il est circulaire en pierres, très souvent couvert avec un sommet voûté.

Le puits ouvert est lui aussi circulaire, limité à la hauteur de la margelle et surmonté d’une ferronnerie ou d’un appareil de pierre auquel est suspendu la poulie.

Sources

Les sources ont joué un rôle déterminant, car elles sont souvent à l’origine de l’implantation d’exploitations agricoles ou de la création et du développement de villages (certaines sont à l’origine de leur création).

L’eau est captée à la résurgence ou par un forage jusqu’à son cours souterrain.

L’acheminement de l’eau a parfois nécessité des ouvrages importants : les aqueducs (canalisation aérienne soutenue par des arches).

Citernes

Les citernes sont la seule ressource dans les lieux arides dépourvus de points d’eau. Ailleurs, elles viennent en complément de puits.

Dans les mas, l’eau de source est recueillie par tout un système de canalisations en terre cuite ou en bois, pour être amenée jusqu’à une citerne.

Les citernes peuvent aussi être alimentées par une vis sans fin plongeant dans la nappe phréatique.

Enfin, dans certains mas, les eaux pluviales sont recueillies et amenées à la citerne par un chéneau en poterie ou en zinc. La citerne est soit l’unique réserve du mas, soit complémentaire d’un puits ou d’une source.

Lavagnes

Les lavagnes (ou lavognes) sont des cuvettes (naturelles ou creusées de main d’homme) que l’on a empierrées pour recueillir les eaux pluviales et servir ainsi à abreuver le bétail, mais aussi le gibier.

Fontaines

Autrefois, c’est-à-dire bien avant que l’eau n’arrive au robinet de chaque foyer, les fontaines publiques étaient, avec les puits et les cours d’eau, les seuls lieux d’alimentation en eau potable. Ces fontaines constituaient alors un lieu majeur de la sociabilité villageoise, un lieu vers lequel convergeaient principalement les ménagères et les enfants, au moins deux fois par jour, le matin et le soir, un lieu d’échanges, de discussions et parfois de conflits.

Bien qu’il y ait des exceptions, les fontaines les plus anciennes sont généralement adossées à un édifice. Cette configuration s’explique par le manque de place dans l’ancien castrum. Mais après que les villages se soient libérés de leurs murs d’enceinte (ce qui est intervenu tardivement en Languedoc méditerrannéen) de larges boulevards ont été tracés ainsi que de vastes places ombragées avec une fontaine centrale.

La fontaine publique, autrefois symbole d’urbanisme et de civilisation, parfois de grandeur de la cité, voire d’hygiène, exigeait un investissement, en travail, en argent, payé par tous pour en assurer la pérennité. Il faudra attendre l’arrivée de l’eau courante dans les maisons pour voir la fin de la corvée d’eau journalière et l’allégement d’un fardeau multiséculaire.

Aujourd’hui, si les fontaines ont perdu leur usage domestique, elles n’en restent pas moins des éléments appréciés du patrimoine communal.

Lavoirs

Relativement récents (aux environs de 1850), les lavoirs sont en général municipaux. On les trouve surtout dans les régions de plaine, à proximité d’une rivière ou d’une source, car le bac est continuellement alimenté en eau courante. Sa margelle est surmontée de pierres plates, inclinées vers l’intérieur qui servaient de planche à laver. Les lavoirs étaient surtout utiles pour le rinçage qui nécessitait une grande quantité d’eau ; le lavage ne demandant que quelques seaux d’eau, pouvait être réalisé à la maison. Ils avaient une fonction sociale importante, en tant que lieu de rencontres pour les femmes.

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Les bugadières de Grabels

Au cours des siècles passés, les riches familles montpelliéraines, suivant les quartiers, confiaient l’entretien de leur linge, aux bugadières de Castelnau ou à celles de Grabels. Longtemps l’économie de Grabels a reposé sur le travail de ses bugadières (équivalent des lavandières, en occitan). Il faut dire que cette commune ne manque pas d’eau, puisqu’elle compte plusieurs sources et ruisseaux.

Grabels est un cas atypique à plus d’un point de vue.

Alors que, dès 1850 la plupart des villages se dotent d’un lavoir communal, ce n’est qu’en 1930 que Grabels en fera construire un au centre du village. Réservé aux ménagères, l’usage en sera interdit aux bugadières. Par contre dès 1830, 2 lavoirs privés sont aménagés dans l’enceinte du château, fréquentés exclusivement par des bugadières qui louent leur emplacement à l’année. Plus tard 2 autres lavoirs privés seront aménagés au centre du village.

Mais ce qui distingue Grabels, c’est surtout la configuration de ses lavoirs, ainsi que la façon de travailler de ses bugadières. En effet, au lieu de travailler, debout ou agenouillée, à l’extérieur du bac, elles se tiennent dedans, pieds nus, ou chaussées de bottes en zinc à la semelle en bois qui leurs donnent l’allure d’automates, lorsqu’elles déambulent hors des bassins.

De ce fait, les lavoirs sont larges, mais peu profonds (moins d’une quarantaine de cm). Les pierres plates qui surmontent leur pourtour ne sont pas inclinées vers l’intérieur, mais vers l’extérieur. Une petite rigole fait tout le tour du bassin et recueille ainsi les eaux usées.

A Grabels, les dernières bugadières ont arrêté leur activité en 1960.

Le plus petit des 2 lavoirs, à l’entrée de l’enceinte du château, a été récemment restauré.

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La bugade

La bugade (lessive en occitan) se déroule sur 5 jours :

Le lundi, les bugadières affrètent leur charrette et se rendent à Montpellier. Elles récupèrent le linge sale et restitue le propre. De retour, le soir même, elles trient le linge et séparent le blanc et la couleur (qui demande moins de travail).

Le mardi, de bon matin commence le prélavage du blanc, qui a lieu chez chaque bugadière dans un local appelé le « caudejadou » (« cau » signifiant chaud en occitan). Dans une grande cuve (la tina), elle étale le linge, du plus sale, dessous, au moins sale en haut, étale une toile par dessus et la saupoudre de cendres. Ensuite, elle prélève, à l’aide d’un seau, de l’eau mise à bouillir dans un chaudron placé à côté de la tina, et le répand sur les cendres. L’eau dissout celles-ci, traverse les épaisseurs de linge, et s’écoule par un trou dans le fond de la cuve, où elle est recueillie dans un seau, dont le contenu est ensuite reversé dans le chaudron. Durant toute la journée, la bugadière verse ainsi de l’eau bouillante sur le linge, dont la température augmente progressivement. Cette opération longue et pénible (manipulations continuelles et chaleur) dure souvent jusque tard dans la soirée ; ce qui donne lieu à de sympathiques veillées réunissant famille et voisins.

Le mercredi, le linge est amené au lavoir, où durant 2 jours, il sera lavé, brosse, battu, rincé et essoré.

Le vendredi, les bugadières se rendent en garrigue pour faire sécher le linge étalé sur des buissons. Il prendra ainsi une agréable odeur de thym, lentisque, lavandin, romarin, …

Le samedi est réservé aux travaux domestiques et le dimanche est « le jour du seigneur ».

Ce calendrier est parfois bouleversé par les conditions météo qui obligent à reporter le séchage au samedi ou au dimanche, mais aussi par les enterrements et les fêtes religieuses. Enfin du 5 au 25 septembre, il n’y a pas de bugade, pour cause de vendanges.

Ponts

Bien qu’il n’y ait pas d’ouvrage spécifique à notre région, les ponts sont néanmoins liés à son histoire et font partie de notre patrimoine architectural.

Toutes les époques y sont « dignement » représentées, puisque notre département compte près d’une trentaine de ponts inscrits à l’inventaire national des monuments historiques (le dernier ayant été achevé en 2007).

Pour notre crèche, nous nous sommes inspirés du Pont Vieux à St Thibery (XVI° siècle), pont à trois arches, dont la principale caractéristique est une architecture générale en arc brisé, qui permettait le passage des piétons et des convois à dos d’âne, mais non des chariots.