La chapelle

401 chapelle

Installée sur un ancien lieu sacré (où l’on a découvert des traces d’occupation romaine), Notre-Dame d’Aleyrac a été construite au XII° siècle. De son architecture romane originelle elle n’a conservé que le choeur et l’abside. La Nef et les chapelles ont été reconstruites au XIX° siècle. Malgré tout la chapelle est restée un bâtiment harmonieux et plein de charme.

Son cadre ombragé, tout comme sa situation à l’écart de toute agglomération, y contribuent également et font de ce lieu un cadre agréable, propice aux promenades et pique-niques.

Si nous avons choisi de représenter Notre Dame d’Aleyrac, parmi toutes les églises et chapelles pleines de charme de notre région, c’est essentiellement en raison de la légende qui s’y rattache. Légende étroitement liée à notre histoire et notre culture.

La légende des 3 Pics

Il y avait à Alayrac, une merveilleuse petite chapelle romane, dont le toit de lauzes émergeait à peine des touffes de chênes verts. La porte s’ouvrait sur un jardin d’asphodèles et d’iris nains. Fraîche, calme, fleurie de romarin et de genêts, les oiseaux venaient y chanter matines depuis que les derniers moines en étaient partis. Sous le sol de terre battue une tombe, celle d’une toute jeune fille, presque une enfant : Irène, fille unique du Seigneur de Bibiourès dont le château accroché à l’Hortus fait face au Pic. Son nom, son histoire sont gravés ici, au cœur de ce terroir, comme une légende.

Au jour de l’été, pour son anniversaire, ses parents invitaient les jeunes Seigneurs des environs : Pierre de Ganges, Bermond de Sauve, Bernard d’Auduze, Bermond de Sommières, Guilhem de Montredond, Bertrand de Melgueil et les 3 fils de Raymond de Roquefeuilh : Guiral, Loup et Clair… Tous les trois aiment Irène de très tendre amitié. Pour eux, elle est la dame noble et douce, la jeune fille au regard pur, l’amie éblouissante de simplicité et de grâce, l’aimée proche et pourtant inaccessible. Dans sa discrétion, sa réserve, Irène n’a jamais cherché à départager en son cœur, l’hommage de leur attachement.

La même nuit de juin, convoquée par le pape Innocent 3, la croisade albigeoise s’assemble à Lyon et déferle dans la vallée du Rhône. Etrange armée où les plus hauts dignitaires de l’Eglise et du Royaume font route avec la pire canaille : Vols, rapines, massacres, incendies, pillages se succèdent. La mise à sac du pays est systématique… jusqu’au bûcher de Montségur. L’itinéraire des Croisés sur la région laisse d’épouvantables cicatrices, violences incompréhensibles que ne peuvent justifier la simple chasse aux hérétiques.
Irène a ouvert les portes de Bibiourès et c’est en accueillant les plus faibles qu’elle a été lâchement massacrée.

Ce fut un deuil cruel dans tout le pays pour tant de morts injustes et une aussi mauvaise guerre. Guiral, Loup et Clair ont appelé leurs amis. Ils ont donné leurs chevaux. Ils ont offert : haubert, heaume doré, l’écu et l’épée. Ils n’ont pas pris vengeance mais sont partis pieds nus, vêtus de toile grossière. Ensemble ils ont marché jusqu’à la petite église d’Alayrac où Irène repose. Tard le soir ils se sont séparés : Loup est monté au Pic, Guiral a pris le chemin des Cévennes et Clair s’est dirigé vers la côte. Tous 3 vers des montagnes qui très vite porteront leurs noms.

Trois feux s’appellent et se répondent dans la nuit pour la St. Jean d’été, anniversaire d’Irène de Bibiourès. Trois feux qui n’accompagnent aucun pillage et n’annoncent aucune violence… Chaque feu est dressé près d’une humble cabane de pierres sèches. Allumés une fois l’an, ils sont le seul lien qui subsiste entre les fils de Raymond de Roquefeuil devenus ermites par l’amour d’Irène, pour l’amour de Dieu.

Ces flammes dans la nuit tout le monde savait ici ce qu’elles signifiaient car elles perpétuaient aussi le souvenir des multiples bûchers qui sous prétexte d’inquisition et de foi ont immolé trop d’innocentes victimes. Elles rappelaient le dépouillement volontaire de trois chevaliers occitans et l’autre dépouillement, imposé par le roi, qui enleva aux seigneurs de la région “ terres et onors“ parce qu’ils furent fidèles au Comte de Toulouse. Elles prolongeaient ce chant d’amour courtois, expression privilégiée de la civilisation occitane.

On ne sait plus en quelle année Clair ne fut plus au rendez-vous, il était mort au plus gros de l’hiver. Mais l’année suivante un autre ermite avait pris sa place et ralluma le feu. Il en fut ainsi à la mort de Guiral et de Loup et longtemps, très longtemps après…